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  • Laure a publié une note il y a 2 semaines et 5 jours

    Bonjour,
    On m’a demandé de me lancer alors voilà mon témoignage. J’aimerais savoir si vous avez vécu la maladie de la même façon et comment vous vous en êtes sortis si c’est le cas.

    Enfant, j’étais très joyeuse très curieuse et très heureuse de vivre. J’ai longtemps été timide et j’allais peu vers les gens, mais je m’en contentais en passant ma vie dans les livres, les jeux et toute autre activités d’enfants. J’étais très proche de mon grand fère que nous appellerons F et de mes soeurs que nous appellerons N et I.
    J’ai rencontré mon ami d’enfance à 9 ans. Et ça a été le début de ma vraie vie sociale. Celle que peut-être je ne retrouverai jamais. Nous avons été très proches durant 4 ans. Ce fut 4 ans de bonheur. Nous passions nos journée à lire, à se plonger dans des revues scientifiques pour moi, et plus littéraires pour lui. Nous étions fans de Harry Potter. A tel point qu’après la publication du 4ème tome, nous avions décidé d’en écrire la suite. Alors qu’il me fallait 1 mois pour écrire quelques pages, lui en écrivait des cahiers et des cahiers. Il avait un don pour l’écriture. Don qu’il a toujours puisqu’il est aujourd’hui scénariste. De mon côté je préférais la science, la fiction, l’imaginaire. J’aimais créer aussi. Généralement, de nous deux, c’était moi qui avais les idées. Nous étions inséparables.

    En classe de 4ème, j’ai rencontré une nouvelle amie. Une ukrainienne qui a été comme une grande soeur pendant un moment, une confidente.

    Tout a basculé quand je suis arrivée au lycée. Mon frère (F) qui tenait à sa réputation, m’avais un peu « coachée » sur la rentrée. Il fallait que je m’habille avec des marques, il fallait que sois sympa avec tout le monde, il ne fallait pas que je fasse ma petite intello, ma première de la classe. Ma mère en même temps a eu des problèmes au travail. Elle a commencé à être agressive dans ses propos, à s’énerver pour rien, à pleurer pour des banalités. Elle nous faisait beaucoup de cadeaux, c’était sa façon de nous dire qu’elle nous aimait, mais d’autre part elle criait sans cesse. Je croyais qu’elle ne m’aimais plus.
    (On a longtemps pensé qu’elle était dépressive, mais à posteriori, en ayant regardé sur internet, je me demande si elle n’est pas plutôt borderline).

    Ainsi, vous voyez le contexte : une mère qui ne m’aime plus, et un frère qui veut me changer. Tout cela, je le disais à Ana bien sûr. J’ai aussi commencé à perdre confiance en moi.
    Jusqu’au jour où j’ai suivi le mauvais conseil de F : j’ai rejeté mon ami d’enfance et ma meilleure amie Ana. Mon frère m’avait conseillé de ne plus rester avec eux car pour ma réputation ce ne serait pas bien.

    J’ai joué le jeu de F pendant l’année de seconde, et c’est là que les troubles sont apparus, c’est là que j’ai perdu tout sens de la sociabilité.

    Je n’arrivais plus à m’intéresser aux gens. Quand les gens parlaient, je disais « mais moi aussi blablabla ». Je pense que c’est parce que au fond de moi j’étais restée la même personne, mais je n’arrivais pas à l’exprimer. Je me suis faite harceler par des gamins, des fils à papa, fils de chirurgiens, d’ingénieurs. Bref, des gens intelligents quoi.

    J’ai fait ma première grosse dépression à 17 ans (ayant un an d’avance, l’année de mon BAC. Heureusement c’était juste après mon BAC).

    Cette dépression a duré 6 mois durant lesquels j’étais en études de médecine. Au bout d’un mois et demi en médecine, je me suis désinscrite du concours. J’ai continué à travailler uniquement pour me prouver à moi même que je n’étais pas la « merde » que le groupe de harceleurs m’avaient faite devenir.

    Cela m’a permis de terminer l’année sans pression, en étant aidée et en aidant les autres. Cela a aussi attiré l’admiration de nombreuses personnes, ce qui m’a permis de prendre un peu d’estime de moi même.

    Je me suis réinscrite à la fac de médecine. Nouvel échec. J’ai voulu me désinscrire à nouveau. Mes parents n’ont pas accepté (ils ne savaient pas que j’étais psychiquement pas stable. Ils n’imaginaient pas.

    Première crise maniaque.Fin de l’année.

    Mes parents me ramènent à la maison. Je vois un médecin pendant un an qui me donne des antidépresseurs inutiles. Je prends 20 kg.

    Je vois un psychiatre plus compétent. Je prends l’Abilify.

    Arrêt de la phase maniaque, mais le médecin a marqué sur la première ordonnance : « dépression atypique », donc je ne sais pas que je suis bipolaire. Je ne connais absolument pas la maladie. Le médecin, lui le sait.

    Je pars en fac de bio, suivie toujours par le même médecin. Je me tue au travail pour réussir à avoir 10 de moyenne. Je réussi à entrer en école d’ingénieur. Au début tout va bien. Je me fais des amis, je suis assez sociable. On dit de moi que « Je parle trop », mais les gens tolérants m’acceptent, et je me fais quelques amis. Un mois et demi après le début de l’année, je commence à me sentir mal. Je prends rdv dans un CMP, et je commence le suivi qui durera 3 ans.

    Le médecin précédent le CMP ne cherche pas à transmettre mon dossier au CMP. Le CMP ne cherche pas à récupérer mon dossier.

    Je continue à prendre l’abilify avec un suivi, mais le médecin du CMP ne sait pas que je suis bipolaire : je ne fais pas de phases maniaques puisque j’ai toujours le médicament. Je dis au médecin que j’ai fait une dépression atypique et que depuis, j’ai ce médicament.

    En 2ème année d’école, je pars en Australie. Là bas je me sens un peu mieux car les gens ne sont absolument pas stressés. J’arrête de moi même l’Abilify. En rentrant, le médecin accepte que j’arrête le traitement car « tout va bien » sans, même si je présente toujours des troubles d’anxiété, que j’ai encore tendance à parler beaucoup et vite. Ce sont des troubles qui pourraient être retrouvés chez n’importe quelle personne anxieuse, mais ce n’est pas non plus un épisode maniaque.

    J’arrive en Mars en stage de fin d’études. Heureusement, deux moi avant j’ai une période calme : je parle moins, je suis moins anxieuse, j’arrive beaucoup mieux à structurer mes pensées et mes phrases.Donc j’arrive en stage dans un état plutôt bon.
    Une série de changements et de stress me font faire rapidement une phase hypomaniaque, qui est perçu par les collègues comme un comportement un peu excessif, mais pas pathologique.
    Cette phase est vite suivie d’une phase dépressive, ma maître de stage s’inquiète beaucoup.

    Heureusement, entre temps, je vois mon père. Il me voit pas bien, et me dit : « – mais tu dois continuer à prendre ton traitement. Moi : – Mais pourquoi??? Mon père : – Ben tu le sais : tu es bipolaire !  »
    Et non, je ne le savais pas : on ne me l’avais jamais dit. Heureusement, j’avais pris un suivi dès le début du stage de peur d’aller encore mal. Je dis la pathologie à la psychiatre. Elle me prescrit de la Quétiapine. On ajuste peu à peu les doses, je suis à 150mg, ce qui selon elle est très peu. Cela me stabilise depuis Juin dernier.

    J’ai fini mon stage, la maître de stage a été très gentille et compréhensive. On en a parlé, j’ai eu 14,5 à mon stage au final, avec une note que je lui ai demandé objective. Elle n’a parlé à personne de ma maladie.

    Et là je continue mes études pour valider une spécialisation en commerce.

    Voilà mon histoire.

    • Coucou, belle histoire.
      Tu es très intelligente et très lucide.
      Tu analyse bien ce qui s’est passé dans ta vie, et tu as l’honneteté intellectuelle pour repérer tes failles.
      1er point très important: maintenant tu sais que tu es bipolaire, que tu dois prendre ton traitement afin d’être stabilisée et que c’est à vie.
      Alors visite mensuelle chez 1 psy + traitement = 1/3 .
      Volonté d’avancer et positiver couplée avec suivi de l’humeur et apprentissage des signes= 1/3.
      Bonne hygienne de vie i.e. pas d’alcool, de drogue, de sexe sans protection, nourriture saine, bien dormir, le moins de stress possible = dernier 1/3.
      Ton passé est somme toute pas trop lourd, pas d’inceste par exemple… petite rancoeur envers un frere qui est plus vers le paraître alors que tu semble plus liée à l’être… maintenant que tu deviens adulte tu devrais pouvoir gérer ces malentendus familiaux.
      Le passé n’est plus…
      Essaie de te renseigner au mieux sur la bipolarité.
      Essaie d’accepter au plus vite que tu es bipolaire… c’est fondamental.
      Pour le futur: fac de bio, continue… mais pourquoi spécialité commercial ? Pas un peu stressant le côté commercial, recherche de clients… ?
      Tu nous dit être plutôt introvertie… un commercial est plutôt extraverti. Voit peut être avec ton maître de stage qui te connait.
      Sinon, pour ma part, ça fait presque 30 ans que la bipolarité est ma diuce compagne, que je travaille, un peu au dessous de mes compétences pour maitriser et éviter au maximum tout stress.
      Courage Laure.

      • Je n’en veut plus à mon frère. On en a discuté et il a grandi. Il s’en veut à vie, c’est déjà suffisant…

        En ce qui concerne l’inceste, je n’ai pas été confrontée à ça. Déjà parce que je n’ai pas vraiment eu de vraie relation sérieuse très longue (impossible pour moi avec cette maladie). Et aussi du fait de ma personnalité : on dit de moi que je suis quelqu’un de « très carrée ».

        Et j’ai pour premier principe de ne jamais tromper son partenaire. Le fait que je sois très exigeante m’a peut être aussi protégée. Donc j’ai réussi à contrôler ça : à chaque fois que j’ai été en couple, je me suis interdite de voir d’autres garçons.

        J’ai quand même eu des rapports que je n’aurais surement pas eu sans la maladie, mais toujours dans des moments où je n’étais pas en couple.

        Merci encore pour votre message!

    • Bonjour,
      merci beaucoup pour tous ces conseils. Je pense qu’actuellement je suis à 2/3 des critères avec une bonne hygiène de vie et le suivi.
      Pourquoi le commerce après l’école d’ingénieur ?
      Parce que c’est un projet que j’avais construit depuis bien longtemps.
      Je vous semble introvertie ? A l’origine je suis plutôt extravertie. Disons que j’ai des phases : en ce moment, je dirais que je suis plus introvertie car je suis dans un environnement que je ne maîtrise pas, mais en général je suis extravertie. Dans le travail je suis complètement différente que dans la vie, j’ai beaucoup moins peur, car je sais que je suis compétente. Alors que dans la vie de tous les jours, j’ai beaucoup plus de mal.
      Merci encore pour vos mots encourageants !

      • Alors les 2 phases donnent les 2 facettes, la dépression te rend plus introvertie et la manie te rend plus extravertie.
        La souffrance nous rend plus solitaire, pour nous protéger d’où l’introversion… dont tu parles durant ton enfance 🙂
        Nous essayons de décoder avec toi, sans jugement, en fonction de notre vécu…
        Tu est très lucide, continue tes recherches sur ton état, la bipolarité, et projettes toi vers un beau futur que tu es en train de te construire…

    • Félicitations Laure, et merci pour votre témoignage. C’est une lueur d’espoir !
      Le diagnostic de bipolarité est souvent long a être établi. Le psy attend, hésite avant de se prononcer. Parfois, il ne le dit pas ouvertement à son patient, ce qui est dommage. On avance mieux quand les choses sont dites.
      Ma psy n’était pas claire, et elle a mis environ 10 ans avant de SE faire le diagnostic. Je ne sais toujours pas si je suis catégorie 1 ou 2…
      Quoiqu’il en soit, on avance, on avance. Comme dit Marc, accepter sa maladie, avoir une vie saine, et prendre son traitement, c’est important.
      Petit témoignage d’une dame de 68 ans qui cohabite plutôt bien avec sa maladie.
      Bon courage pour l’avenir !

      • Merci beaucoup Marie-Claude !

        Oui, j’ai cru comprendre que le diagnostic était difficile à mettre en évidence totalement, et surtout il est difficile de donner un avis directement arrêté.
        Le seul truc c’est que je me dis que j’ai perdu 3 ans de vie sociale. Je me suis accrochée au travail donc j’ai pu ne pas échouer trop sur ce plan là heureusement…

        Merci en tous cas pour votre message !

        • Coucou Laure, tu n’as rien perdu… tu étais et est malade, le diagnostic n’est pas facile, 3 ans c’est très peu…
          Tu es toute jeune et tu as toute la vie devant toi, ne regrette pas un passé sur lequel tu n’avait pas de prise…
          Tournes toi vers ton présent et ton futur, c’est cela qui vaut la peine.
          Kisses 🙂

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