Forum des bipotes

A ceux qui pensent qu'une personne bipolaire est synonyme de gentil lunatique.  

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Maya
 Maya
(@maya2026)
Bipo
Inscription: Il y a 1 an
Msg: 25
28/04/2019 3:02  
Posté par: Chris75
On reconnait toujours les messages de conjoints de bipolaire : un pavé. Il y a tant d'incohérences à accepter, nous somme tellement niés dans notre quotidien qu'à un moment le verre déborde, comme ce soir, j'en ai gros sur la patate.

Ma femme est parfaite, elle est diagnostiqué bipolaire type 1, elle aurait du entendre ce diagnostic depuis sa première hospitalisation à 25 ans mais elle reçu son diagnostic à 45 ans, elle a peut être eu un diagnostic avant, mais vu qu'elle est totalement dans le déni elle n'a pas de recul, sauf peut être lorsqu'elle est à l'HP ou devant un policier lors d'une crise, la elle est très applicative.

Elle le dit elle même, "je sais très bien ce qu'il faut dire aux médecins - pour sortir" "ce qu'il faut dire à ma mère - pour ne pas qu'elle débarque". Pour retrouver sa zone de confort, qui est en général loin du regard des médecins, sa famille ou ses proches. Elle s'entoure de personnes gentilles (la petite mamie du 4é, la collègue de travail célibataire) qui la prennent en pitié pour la vie difficile qu'elle décrit, elle est toujours victime de quelque chose, puis elle zappe ces personnes à tout jamais si un regard un peu circonspect se pose sur elle.

 

Je vais passer rapidement le sujet de l'argent et des dépenses, c'est assez irrationnel, je vais aussi passer le sujet des enfants et de l'éducation, c'est assez expérimental. La leçon sur ces sujets, moins j'interfère mieux ça se passe pour notre couple.

En attendant pour nous conjoints, lors d'une crise ce n'est pas juste un petit état up, c'est une grosse crise de schizophrénie, elle ne reconnait personne, parle à l'envers, entend des voix, à des comportements inappropriés, c'est assez brutal, hurle dans la rue et se retrouve nue devant les pompiers, puis le conjoint doit gérer. 

 
Lorsqu'elle est à l'HP il faut être présent pour elle, passer 4 fois chaque jour, l'aider à passer la crise en douceur, elle est très amoureuse, s'engage à s'informer, assister à des groupes de paroles, suivre une TCC, elle rentre à la maison, le cours des choses reprend, elle se fait accompagner par l'équipe médicale et quelques mois plus tard elle ne veut plus entendre parler de l'épisode. Je suis à nouveau responsable de tout ses maux, elle retourne dans un cycle colère, amour, haine, amour, frustration, colère, amour.
 
Ce qui est triste, c'est qu'à chaque nouveau médicament vous espérez retrouver la femme plus stable que vous connaissez, beaucoup d'espoirs naissent, mais alors que les grosses crises s'éloignent les oscillation de l'humeur et des sentiments recommencent, passant du noir au blanc d'une minute à l'autre. 
 
A chaque séparation elle me ghost, puis réapparait et envoie les signaux ambivalents, je dois être la pour elle, tout de suite quitte à revenir illico de province. Pour obtenir des résultats elle peut être impulsive, provocante, colérique, parano, elle met mes sentiments à l'épreuve, après un certain moment je perds moi même le contrôle, ça ne fini jamais bien.
 
La situation au départ ubuesque se transforme en quelque chose de grotesque et se retourne contre moi, comme si la personne que vous connaissez avait tout à coup un cerveau animal, reptilien qui se défend de tout et de rien, de ses fantômes, il est impossible d'y trouver des causalités, c'est inextricable. Et je fini par me poser la question de qui est le patient de nous deux pour en arriver la.
 
 
Au début vous pensez que vous êtes mariés et que ça fait partie du deal, d'ailleurs qui laisserait seul quelqu'un qui n'est pas au top ? Je ne fuis pas, je n'aime pas me comporter de cette façon en général. Alors vous vous battez et vous arrivez à un résultat, mais il faut ensuite redoubler d'efforts, puis vous êtes sans cesse mis à l'épreuve, testé, vous devez vous battre encore plus, quitte à vous consacrer entièrement à l'autre, au final vous n'avez plus de vie.

J'ai bien sûr envie que ces efforts aboutissent, mais cela semble sans fin. Même si je suis sensible à toutes ses belles déclarations "pendant tout ce temps seule, je n'ai pas cessé une seconde de penser à toi" "faire le vide autours de moi m'a permis de comprendre ce qui était important". C'est un éternel cycle, l'amour est absolu, la colère est froide, il n'y a pas d'apprentissage, elle n'a aucun regard sur elle, ou sur la bipolarité, ni même sur sa propre histoire, ne serais-ce que pour analyser ou contextualiser son tempérament, les dérapages, les réactions excessives, et même pour admettre une erreur de ma part, je ne suis pas parfait !

"Non c'est stupide d'annuler toutes les vacances parce que j'ai dit "nous-nous sommes mal organisés !" et sortir de la voiture en criant une minute après être parti. (Alors oui j'ai lu les bons conseils "gardez cette réflexion pour vous", oui... mais à quoi bon m'effacer à chaque instant, je suis humain moi aussi, d'ailleurs je pourrais bien être malade aussi, elle l'est bien elle... faut-il croire que la mansuétude est à sens interdit dans un couple ?).

 

L'équipe médicale est la pour elle, et je vous assure qu'ils font des efforts, mais ils sont très loin de se poser les bonnes questions et envisager les bonnes hypothèses, il n'existe pas de stratégie thérapeutique adapté, le patient est suivi de loin, alors que les répercussions sur la vie quotidienne sont légion. Et nous, enfants, mari, parents, nous ne sommes qu'une variable d'ajustement, parfois corvéable à merci.

Comment serait-il possible de respecter la loyauté du médecin et se fier juste à la parole du patient qui est avant tout un grand séducteur et joueur. Que l'objectif du patient est de passer la crise et retourner dans la vie sociale ? Les jeunes médecins théorisent, ils sont loin de saisir les mécanismes et les impacts de cette maladie, il faudrait avoir vécu avec un bipolaire ou avoir 40 ans de métier. J'ai meme entendu "Monsieur votre femme n'est pas du tout manipulatrice !". Bein si, le charme, le mensonge et la dissimulation sont justement les mécanismes défensifs de ma femme au quotidien, je ne suis pas psy mais je connais ma femme depuis 10 ans, je vois son fonctionnement en "off" tous les jours.

 
Je vis et revis ces schémas inadaptés, je les repère dès la 1er seconde tellement ils sont répétitifs, à quoi s'ajoute des transferts, l'effet miroir, les angoisses d'abandon imaginaires, un sentiment de vide qui peut rendre ma femme jalouse ou déprimée de son sort pour un simple aller retour que j'ai fait pour faire une course.
 
 
Je ne peux vivre et m'épanouir en dehors de notre couple qu'au prix de des tombereau de reproches sur les personnes que je fréquente. Ce à quoi suit un effet miroir ou elle me reproche ce que je devrais lui reprocher alors que je m'en suis abstenu. Rien n'a de sens, tout semble déformé par des forces sous jacentes.
 
J'ai ce tout le temps ce sentiment qu'un point nous échappe, qu'un aspect n'est pas pris en compte, une idée ?
 
 
Non non non chers médecins, je ne vois pas d'états stables entre deux crises, entre le up et le down, c'est un mythe. Il y a des états stables... parfois. (Si tout va bien au bureau, dans la vie personnelle à la maison avec les enfants et coté finances).

D'autre part, l'empathie que le patient reçoit à l'hôpital, cette compréhension du médecin ne fonctionne que dans un système d'éprouvette, 30 minutes dans le laboratoire de l'hôpital, elle est totalement artificielle. Le patient de retour à la maison est dans la vraie vie, ma femme attend de ses proches la même prise en charge de sa "sensibilité" qu'avec un médecin, depuis 20 ans elle a pris l'habitude d'une écoute absolue... à un seul sens. Dès lors, lorsque vous êtes dans la marmite sous pression, la réaction attendue est de hocher la tête comme le médecin. Il faut être très fort pour faire un sans faute ! (Et donc je me plante comme un idiot).

 

En retour de tous ces effort, ces up, ces downs je suis passé à tabac émotionnellement, vampirisé de mon énergie. A ceux qui pensent qu'une personne atteinte de trouble bipolaire est synonyme d'un gentil lunatique, réveillez-vous, si votre histoire est similaire à la mienne, donnez moi vos astuces.
 
 
L'amour rend aveugle, il y a parfois autant d'aspects positifs que je n'ai pas évoqué qui rendent ma femme charmante, à toutes les personnes souffrant de troubles bipolaires qui ne sont pas dans le déni je dis bravo, vous êtes passés au niveau Jedi, battez-vous aux cotés de votre conjoint pour faire vivre votre couple.

Bonjour,

merci Chris75, je ne peux que comprendre ce message...acteur de ce cauchemar, impuissant! Je n’ai pas (plus) envie de m’attarder sur le sujet, mais comme toi j’encourage ceux qui sont conscients de leurs troubles, c’est déjà un grand pas, car le déni aggrave malheureusement la souffrance de celui atteint et de ses proches ! Je ne parlerai même pas du soutien des psys, qui en effet viennent en aide aux patients, en fonction de ce qu’ils veulent bien leur dire ou leur faire croire, le suivi familial devrait être automatique pour apporter une aide réelle et sûrement ne pas rester dans le déni.


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Maya
 Maya
(@maya2026)
Bipo
Inscription: Il y a 1 an
Msg: 25
28/04/2019 3:03  
Posté par: Chris75
On reconnait toujours les messages de conjoints de bipolaire : un pavé. Il y a tant d'incohérences à accepter, nous somme tellement niés dans notre quotidien qu'à un moment le verre déborde, comme ce soir, j'en ai gros sur la patate.

Ma femme est parfaite, elle est diagnostiqué bipolaire type 1, elle aurait du entendre ce diagnostic depuis sa première hospitalisation à 25 ans mais elle reçu son diagnostic à 45 ans, elle a peut être eu un diagnostic avant, mais vu qu'elle est totalement dans le déni elle n'a pas de recul, sauf peut être lorsqu'elle est à l'HP ou devant un policier lors d'une crise, la elle est très applicative.

Elle le dit elle même, "je sais très bien ce qu'il faut dire aux médecins - pour sortir" "ce qu'il faut dire à ma mère - pour ne pas qu'elle débarque". Pour retrouver sa zone de confort, qui est en général loin du regard des médecins, sa famille ou ses proches. Elle s'entoure de personnes gentilles (la petite mamie du 4é, la collègue de travail célibataire) qui la prennent en pitié pour la vie difficile qu'elle décrit, elle est toujours victime de quelque chose, puis elle zappe ces personnes à tout jamais si un regard un peu circonspect se pose sur elle.

 

Je vais passer rapidement le sujet de l'argent et des dépenses, c'est assez irrationnel, je vais aussi passer le sujet des enfants et de l'éducation, c'est assez expérimental. La leçon sur ces sujets, moins j'interfère mieux ça se passe pour notre couple.

En attendant pour nous conjoints, lors d'une crise ce n'est pas juste un petit état up, c'est une grosse crise de schizophrénie, elle ne reconnait personne, parle à l'envers, entend des voix, à des comportements inappropriés, c'est assez brutal, hurle dans la rue et se retrouve nue devant les pompiers, puis le conjoint doit gérer. 

 
Lorsqu'elle est à l'HP il faut être présent pour elle, passer 4 fois chaque jour, l'aider à passer la crise en douceur, elle est très amoureuse, s'engage à s'informer, assister à des groupes de paroles, suivre une TCC, elle rentre à la maison, le cours des choses reprend, elle se fait accompagner par l'équipe médicale et quelques mois plus tard elle ne veut plus entendre parler de l'épisode. Je suis à nouveau responsable de tout ses maux, elle retourne dans un cycle colère, amour, haine, amour, frustration, colère, amour.
 
Ce qui est triste, c'est qu'à chaque nouveau médicament vous espérez retrouver la femme plus stable que vous connaissez, beaucoup d'espoirs naissent, mais alors que les grosses crises s'éloignent les oscillation de l'humeur et des sentiments recommencent, passant du noir au blanc d'une minute à l'autre. 
 
A chaque séparation elle me ghost, puis réapparait et envoie les signaux ambivalents, je dois être la pour elle, tout de suite quitte à revenir illico de province. Pour obtenir des résultats elle peut être impulsive, provocante, colérique, parano, elle met mes sentiments à l'épreuve, après un certain moment je perds moi même le contrôle, ça ne fini jamais bien.
 
La situation au départ ubuesque se transforme en quelque chose de grotesque et se retourne contre moi, comme si la personne que vous connaissez avait tout à coup un cerveau animal, reptilien qui se défend de tout et de rien, de ses fantômes, il est impossible d'y trouver des causalités, c'est inextricable. Et je fini par me poser la question de qui est le patient de nous deux pour en arriver la.
 
 
Au début vous pensez que vous êtes mariés et que ça fait partie du deal, d'ailleurs qui laisserait seul quelqu'un qui n'est pas au top ? Je ne fuis pas, je n'aime pas me comporter de cette façon en général. Alors vous vous battez et vous arrivez à un résultat, mais il faut ensuite redoubler d'efforts, puis vous êtes sans cesse mis à l'épreuve, testé, vous devez vous battre encore plus, quitte à vous consacrer entièrement à l'autre, au final vous n'avez plus de vie.

J'ai bien sûr envie que ces efforts aboutissent, mais cela semble sans fin. Même si je suis sensible à toutes ses belles déclarations "pendant tout ce temps seule, je n'ai pas cessé une seconde de penser à toi" "faire le vide autours de moi m'a permis de comprendre ce qui était important". C'est un éternel cycle, l'amour est absolu, la colère est froide, il n'y a pas d'apprentissage, elle n'a aucun regard sur elle, ou sur la bipolarité, ni même sur sa propre histoire, ne serais-ce que pour analyser ou contextualiser son tempérament, les dérapages, les réactions excessives, et même pour admettre une erreur de ma part, je ne suis pas parfait !

"Non c'est stupide d'annuler toutes les vacances parce que j'ai dit "nous-nous sommes mal organisés !" et sortir de la voiture en criant une minute après être parti. (Alors oui j'ai lu les bons conseils "gardez cette réflexion pour vous", oui... mais à quoi bon m'effacer à chaque instant, je suis humain moi aussi, d'ailleurs je pourrais bien être malade aussi, elle l'est bien elle... faut-il croire que la mansuétude est à sens interdit dans un couple ?).

 

L'équipe médicale est la pour elle, et je vous assure qu'ils font des efforts, mais ils sont très loin de se poser les bonnes questions et envisager les bonnes hypothèses, il n'existe pas de stratégie thérapeutique adapté, le patient est suivi de loin, alors que les répercussions sur la vie quotidienne sont légion. Et nous, enfants, mari, parents, nous ne sommes qu'une variable d'ajustement, parfois corvéable à merci.

Comment serait-il possible de respecter la loyauté du médecin et se fier juste à la parole du patient qui est avant tout un grand séducteur et joueur. Que l'objectif du patient est de passer la crise et retourner dans la vie sociale ? Les jeunes médecins théorisent, ils sont loin de saisir les mécanismes et les impacts de cette maladie, il faudrait avoir vécu avec un bipolaire ou avoir 40 ans de métier. J'ai meme entendu "Monsieur votre femme n'est pas du tout manipulatrice !". Bein si, le charme, le mensonge et la dissimulation sont justement les mécanismes défensifs de ma femme au quotidien, je ne suis pas psy mais je connais ma femme depuis 10 ans, je vois son fonctionnement en "off" tous les jours.

 
Je vis et revis ces schémas inadaptés, je les repère dès la 1er seconde tellement ils sont répétitifs, à quoi s'ajoute des transferts, l'effet miroir, les angoisses d'abandon imaginaires, un sentiment de vide qui peut rendre ma femme jalouse ou déprimée de son sort pour un simple aller retour que j'ai fait pour faire une course.
 
 
Je ne peux vivre et m'épanouir en dehors de notre couple qu'au prix de des tombereau de reproches sur les personnes que je fréquente. Ce à quoi suit un effet miroir ou elle me reproche ce que je devrais lui reprocher alors que je m'en suis abstenu. Rien n'a de sens, tout semble déformé par des forces sous jacentes.
 
J'ai ce tout le temps ce sentiment qu'un point nous échappe, qu'un aspect n'est pas pris en compte, une idée ?
 
 
Non non non chers médecins, je ne vois pas d'états stables entre deux crises, entre le up et le down, c'est un mythe. Il y a des états stables... parfois. (Si tout va bien au bureau, dans la vie personnelle à la maison avec les enfants et coté finances).

D'autre part, l'empathie que le patient reçoit à l'hôpital, cette compréhension du médecin ne fonctionne que dans un système d'éprouvette, 30 minutes dans le laboratoire de l'hôpital, elle est totalement artificielle. Le patient de retour à la maison est dans la vraie vie, ma femme attend de ses proches la même prise en charge de sa "sensibilité" qu'avec un médecin, depuis 20 ans elle a pris l'habitude d'une écoute absolue... à un seul sens. Dès lors, lorsque vous êtes dans la marmite sous pression, la réaction attendue est de hocher la tête comme le médecin. Il faut être très fort pour faire un sans faute ! (Et donc je me plante comme un idiot).

 

En retour de tous ces effort, ces up, ces downs je suis passé à tabac émotionnellement, vampirisé de mon énergie. A ceux qui pensent qu'une personne atteinte de trouble bipolaire est synonyme d'un gentil lunatique, réveillez-vous, si votre histoire est similaire à la mienne, donnez moi vos astuces.
 
 
L'amour rend aveugle, il y a parfois autant d'aspects positifs que je n'ai pas évoqué qui rendent ma femme charmante, à toutes les personnes souffrant de troubles bipolaires qui ne sont pas dans le déni je dis bravo, vous êtes passés au niveau Jedi, battez-vous aux cotés de votre conjoint pour faire vivre votre couple.

Bonjour,

merci Chris75, je ne peux que comprendre ce message...acteur de ce cauchemar, impuissant! Je n’ai pas (plus) envie de m’attarder sur le sujet, mais comme toi j’encourage ceux qui sont conscients de leurs troubles, c’est déjà un grand pas, car le déni aggrave malheureusement la souffrance de celui atteint et de ses proches ! Je ne parlerai même pas du soutien des psys, qui en effet viennent en aide aux patients, en fonction de ce qu’ils veulent bien leur dire ou leur faire croire, le suivi familial devrait être automatique pour apporter une aide réelle et sûrement ne pas rester dans le déni.


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kensa
(@kensa)
Micro Bipo
Inscription: Il y a 2 mois
Msg: 3
31/05/2019 9:33  

Je trouve le titre très bien choisi. Quand ma mère a été diagnostiquée (un peu avant sa retraite, il y a une dizaine d'années), on m'a fait croire qu'une fois le traitement stabilisé, elle serait "normale" (c'est à dire avec des réactions dans la norme). Ça a été le cas effectivement, après 20 ans à la fuir, je pouvais enfin parler avec elle, faire des activités avec elle, elle m'a même rendu service et c'était cool d'avoir enfin une mère gentille avec moi.

Sauf qu'elle a eu un gros stress l'année dernière et elle a fini en crise... et je me suis retrouvée face cette femme aux yeux pleins de haine, aux paroles cruelles et qui s'acharnait sur ma tante comme si elle voulait la piétiner jusqu'à ce que mort s'en suive. Ma mère n'était absolument pas consciente d'être en crise, dans son esprit elle ne faisait que "sauver sa peau" comme elle disait. Et moi qui pensais vraiment que tout ça c'était du passé puisqu'elle était soignée, j'étais choquée, terrorisée, 4 ans d'âge mental. Grosse crise de panique, j'ai failli me tuer en voiture en rentrant chez moi. Dépression, thérapie, recoller les morceaux tant bien que mal...

Ce qui m'a aidée, c'est de prendre réellement conscience qu'elle est malade. Je veux dire "vraiment" malade, oui, avec toutes les connotations négatives sur les malades mentaux que cela comporte : elle peut déraper à tout moment. C'est comme ça. C'est pas de sa faute, mais c'est comme ça. Alors maintenant, quand elle parle, j'écoute d'abord le son de sa voix : si elle est up ou down, je n'écoute même pas ses mots. Et j'en dis le moins possible (de toute façon, dans ces moments-là, elle n'écoute pas). Évidemment, c'est plus facile à dire qu'à faire et je me fais encore avoir, mais je progresse.

Fini le monde des bisounours : j'ai une mère malade, pas une mère tout court, sa gentillesse n'existe plus quand sa maladie prend le dessus.

Attention, je ne dis pas que toutes les mères bipolaires sont comme elle, c'est juste la façon dont je la vois, elle.

 

Ceci dit, je trouve que ce post est très représentatif de mon vécu en tant que proche de bipolaire : Chris a tenté d'exprimer son mal-être de "proche" et a demandé des conseils, peut-être a-t-il pensé que dans cette section du forum son problème pouvait être au centre de l'attention. Mais non, la conversation a fini monopolisée par des bipolaires à propos de petites histoires de train-train de bipolaire... et Chris s'est tu. Comme d'habitude, sans doute.

Amis bipolaires, si un proche ne pourra jamais comprendre ce que vit un bipolaire, un bipolaire ne pourra jamais comprendre ce que vit son entourage.


Elo ont aimé
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kust
 kust
(@kust)
Super Bipote
Inscription: Il y a 2 ans
Msg: 1337
31/05/2019 9:51  
Posté par: kensa

Je trouve le titre très bien choisi. Quand ma mère a été diagnostiquée (un peu avant sa retraite, il y a une dizaine d'années), on m'a fait croire qu'une fois le traitement stabilisé, elle serait "normale" (c'est à dire avec des réactions dans la norme). Ça a été le cas effectivement, après 20 ans à la fuir, je pouvais enfin parler avec elle, faire des activités avec elle, elle m'a même rendu service et c'était cool d'avoir enfin une mère gentille avec moi.

Sauf qu'elle a eu un gros stress l'année dernière et elle a fini en crise... et je me suis retrouvée face cette femme aux yeux pleins de haine, aux paroles cruelles et qui s'acharnait sur ma tante comme si elle voulait la piétiner jusqu'à ce que mort s'en suive. Ma mère n'était absolument pas consciente d'être en crise, dans son esprit elle ne faisait que "sauver sa peau" comme elle disait. Et moi qui pensais vraiment que tout ça c'était du passé puisqu'elle était soignée, j'étais choquée, terrorisée, 4 ans d'âge mental. Grosse crise de panique, j'ai failli me tuer en voiture en rentrant chez moi. Dépression, thérapie, recoller les morceaux tant bien que mal...

Ce qui m'a aidée, c'est de prendre réellement conscience qu'elle est malade. Je veux dire "vraiment" malade, oui, avec toutes les connotations négatives sur les malades mentaux que cela comporte : elle peut déraper à tout moment. C'est comme ça. C'est pas de sa faute, mais c'est comme ça. Alors maintenant, quand elle parle, j'écoute d'abord le son de sa voix : si elle est up ou down, je n'écoute même pas ses mots. Et j'en dis le moins possible (de toute façon, dans ces moments-là, elle n'écoute pas). Évidemment, c'est plus facile à dire qu'à faire et je me fais encore avoir, mais je progresse.

Fini le monde des bisounours : j'ai une mère malade, pas une mère tout court, sa gentillesse n'existe plus quand sa maladie prend le dessus.

Attention, je ne dis pas que toutes les mères bipolaires sont comme elle, c'est juste la façon dont je la vois, elle.

 

Ceci dit, je trouve que ce post est très représentatif de mon vécu en tant que proche de bipolaire : Chris a tenté d'exprimer son mal-être de "proche" et a demandé des conseils, peut-être a-t-il pensé que dans cette section du forum son problème pouvait être au centre de l'attention. Mais non, la conversation a fini monopolisée par des bipolaires à propos de petites histoires de train-train de bipolaire... et Chris s'est tu. Comme d'habitude, sans doute.

Amis bipolaires, si un proche ne pourra jamais comprendre ce que vit un bipolaire, un bipolaire ne pourra jamais comprendre ce que vit son entourage.

Pour le meilleur ou pour le pire cette mobilisation des sujets de quelques membres (bipolaires ou non) qui racontent leur train train ou font un étalage de leur symptômes est le mode de fonctionnement du forum

Merci en tout cas pour votre témoignage qui sonne très juste


Lucie ont aimé
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Nath
 Nath
(@modocool)
Super Bipote Admin
Inscription: Il y a 4 mois
Msg: 1250
31/05/2019 10:43  

@kensa

Bonsoir et bienvenue sur le site 🙂 

Votre témoignage est émouvant. Vous avez dû beaucoup souffrir à cause de la maladie de votre maman, surtout les premières années quand elle n'était pas suivie. Pour n'importe qui, un gros stress est très éprouvant, même s'il est vrai que les réactions vont parfois être excessives pour les personnes atteintes de troubles bipolaires. Dans ces moments là, il faut plutôt choisir de prendre ses distances, en attendant que la tempête s'éloigne, plutôt que de subir.

Par contre, comme Kust, je rebondis sur la fin de votre post.  Je ne pense pas que vous ayez lu tous les posts que Chris a pu poster sur le forum, car il en a posté beaucoup, sans compter les échanges en messagerie privée. Donc non, Chris ne s'est pas tu parce-que la conversation a été monopolisée par d'autres.

Il ne faut pas oublier que ce site est dédié aux troubles bipolaires, même si les aidants sont les bienvenus. Alors forcément les malades y sont les plus nombreux. Et lorsque leur mal-être les empêche de voir du monde, ils peuvent ici discuter de tout et de rien. Et pourtant, malgré tous leurs soucis, ils font preuve de beaucoup d'empathie envers les aidants.

Donc votre remarque plutôt désobligeante n'a pas lieu d'être.


Lucie ont aimé
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Lucie
(@lucie)
Super Bipote
Inscription: Il y a 8 mois
Msg: 2145
01/06/2019 7:46  

Bonjour kensa,

Ma maman était Bipolaire, diagnostiqué très tard aussi. Je suis Bipolaire diagnostiqué quelques années après elle car elle ne m avais pas dit pour sa bipolarité.

J'ai connu l enfer dans mes relations avec elle, la prenant juste pour une folle.

Pendant ces crises, oui, elle voulait sauver sa peau, avoir de l aide, mais avec les cris, les colères, les menaces, tout le monde l a fui, y compris moi.

Cette maladie, lui a fait dire de me souhaiter d avoir un jour la sclérose en plaque, car elle croyait l avoir. Elle m'a souhaité d être aveugle. Elle m'a souhaité que mes enfants m abandonne. Elle m'a souvent menti, manipuler. M a insulté, ainsi qu à toute la famille, des appels la nuit. J avais peur de ma mère. Elle voulait m envoyer au tribunal pour un droit de visite sur mes enfants.

On c réconciliée avec plusieurs ruptures, mais la dernière hospitalisation d office, j'ai continué à l appeler, tout les jours. Le diagnostic n étais pas encore tombé. Elle ne m a dit le diagnostic, que quelques années après. Elle n'a plus eu de crises maniaques après mise sous traitement, mais elle était très shooté, trop.

Je n'ai pas retrouvé ma maman, comme avant, notre complicité, nos petits délires des dernières années à cause de son traitement.

Elle est décédée, 6 ans après son diagnostic et elle me manque, chaque jour, terriblement.

Si elle avait était diagnostiqué plus tôt, si j avais su plus tôt pour moi, nous n aurions pas perdu toutes ces années.

Ce n était pas de sa faute, son comportement. C était la maladie et je ne lui en veux plus. Je comprends. Je comprends et sans doute mieux en connaissant la maladie de l intérieur.

Je m en veux bcp car elle a souffert seule, trop souvent.

En ayant vécu l enfer avec ma maman, j ai essayé de faire mieux avec mes enfants. Ils ont quand même dégusté par périodes et je m'en veux. Depuis que je suis sous traitement, je suis très rarement irritable et les colères, il n'y en a plus. La paix règne à la maison. J'ai accepté la remise sous traitement en 2017 pour mes enfants.

 


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Noush
(@feenyx)
Super Bipote
Inscription: Il y a 12 mois
Msg: 1982
01/06/2019 10:45  

L enfer que l on fait vivre malheureusement ma mère est traumatisée à vie par mes ts et les fois où je faisais n importe quoi, ces journées entière où il ne fallait personne autour de moi. Le truc c est qu une fois calmée je pleurais du mal que j avais fait des horreurs dites.

Pour moi ça a duré 10ans. Je sais quoi dire pour échapper aux soins à force. 

10 ans à appeler à l aide. Ou le simple fait d ouvrir les yeux était unz déception. 

Les médecins on en parle ? 5 n ont pas vu l evidence. 3 se sont dit impuissants et l enfer continuait

Ne pas croire que nous sommes inconscient du mal que l on fait. Ça nous ronge même 10 ans après 


Lucie ont aimé
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Lucie
(@lucie)
Super Bipote
Inscription: Il y a 8 mois
Msg: 2145
01/06/2019 1:20  

Comme toi Noush, je pleurais après mes paroles, mes colères la culpabilité, reste en nous:( mais Noush, tu dois regarder tes progrès aussi !


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Noush
(@feenyx)
Super Bipote
Inscription: Il y a 12 mois
Msg: 1982
01/06/2019 2:25  

Oui je sais mais c était juste pour rappeler que nous ne sommes pas des monstres. Que ceux qui partagent nos vies comprennent. On entend jamais ' je vis avec un myopathie /un aveugle et parfois il pète un cable il s ennerve. Mon compagnon n est pas stable j en ai marre de l aider vu que parfois il est ingerable' et pourtant j en connais qui sont comme ça. Mais c est physique ça se voit alors on accepte des le début. Alors que nous... Même en prévenant on nous dit mais non c est pas vrai. Je vais t aider. Erreur tu peux pas m aider. Tu peux être à mes côtés m écouter et pardonner. Tu peux me soulager de la charge mentale qui m écrasé. Tu peux m épargner du stress. Bien sûr que parfois je serai incapable de sortir de la maison parfois je vais crier je vais même fondre en larmes ou halluciner. Mais non tu ne peux pas m aider ma maladie c est mon combat et si j en montre l ampleur alors oui tu comprendras mais tu partiras. Nous ne sommes pas des monstres même en crise.

 

This post was modified Il y a 2 mois by Noush

esmeeweatherwax et Lucie ont aimé
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