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Agression sexuelle et bipolarité

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audrey
(@slappie)
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Bonjour

J'ai été diagnostiquée bipolaire de type I avec des phases de manies avec délires pendant lesquelles je peux, entre autres, me sentir persécutée. Il y en a eu 5 avec hospitalisation depuis 2013.

Par ailleurs, j'ai subi, en 2008, une agression à caractère sexuel alors que j'étais en stage à l'étranger.
J'avais alors 21 ans, jamais eu de partenaire sexuel, et j'ai commencé à discuter avec un homme d'une trentaine d'années, dans la rue. Je précise que cet été là, j'avais fait plusieurs rencontres de cette façon là, pour discuter et faire connaissance avec des gens, car je ne connaissais personne dans cette région, et cela s'était bien passé. Je ne me suis donc méfiée de rien.

Nous avons fait quelques pas en discutant, puis il m'a proposé d'aller nous asseoir sur un banc dans un parc.
C'était en fin d'après-midi, il y avait un peu de monde dans le parc, mais ils étaient à plusieurs dizaines de mètres.

Nous avons continué à discuter, il me faisait des compliments sur mon physique, et à un moment, il a voulu m'embrasser. Je l'ai repoussé, une fois, deux fois,... il m'a embrassé la poitrine, les oreilles, la bouche. Mes souvenirs sont un peu flous à ce niveau-là, mais il me semble avoir vu des regards de personnes présentes dans le parc se tourner vers nous, et je pense que ça l'a calmé, tandis que moi, au lieu de chercher de l'aide auprès de ces personnes, cela m'a mise encore plus mal à l'aise, et m'a fait sentir encore plus honteuse.

J'ai senti que le fait que je repousse ses avances l'agaçait. Il m'a dit des choses comme : "mais quoi, tu attends le prince charmant?" (et là, je me souviens très clairement avoir pensé à mon copain actuel, avec qui je discutais régulièrement sur internet, sans être encore en couple avec lui) ou bien "tu as déjà vu un gynéco quand même?", ou encore "mais pourquoi tu m'as souri alors?". Il m'a aussi montré une capote en me disant qu'il n'en avait pas toujours sur lui, mais que ce jour-là, il en avait une, j'avais de la chance, qu'il fallait que je saisisse l'occasion, qu'il ne fallait pas que je m'inquiète, qu'il avait déjà dépucelé une femme plus âgée que moi, que cela s'était très bien passé,...

J'ai eu peur. J'ai eu envie de partir. De partir seule, mais il m'a suivie. Je ne savais pas comment faire pour qu'il me laisse tranquille. Juste avant de sortir du parc, nous sommes arrivés dans un passage ombragé, plus à l'abri des regards. Là, il est venu brusquement se coller derrière moi, m'a tenu le bras et a plongé sa main dans mon pantalon et dans ma culotte. Je ne saurais pas dire jusqu'où sont allés ses doigts. Parait qu'une pénétration par des doigts, on appelle ça un viol. Comme je suis incapable de savoir si la profondeur de la pénétration était suffisamment "significative" au sens pénal, je préfère parler d'agression sexuelle.

Après, il m'a suivie, encore, il voulait "me raccompagner" jusqu'à chez moi.
J'ai dit que je voulais rentrer seule, il a insisté, et je n'arrivais pas à trouver de solution pour m'en débarasser. J'aurais pu hurler, me mettre à courir, mais après tout, il n'était pas en train de m'agresser, il marchait juste à mes côtés.

Nous avons pris le bus ensemble. La seule chose dont je me souviens de ce trajet, c'est qu'une fois dans le bus, il m'a demandé mon numéro de téléphone. Et là, alors que je n'avais pas de couteau sous la gorge, et que j'aurais pu une fois de plus chercher de l'aide auprès des personnes qui nous entouraient, je lui ai donné, étant persuadée qu'il allait me faire sonner pour vérifier, ce qu'il a fait, effectivement.

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Je suis descendue à mon arrêt de bus habituel, alors que j'aurais, une fois de plus, pu être plus maligne, et descendre ailleurs, pour ne pas lui montrer où j'habitais. Une fois descendue du bus, je me suis quand même arrêtée sur une place près de chez moi, j'ai refusé d'aller plus loin, et lui ai demandé de partir. Il m'a alors dit qu'il me laisserait tranquille à une condition : que je l'embrasse, avec la langue, et que cela vienne de moi. Alors, comme une conne, je l'ai fait. Dans mon souvenir, il n'y avait alors personne sur la place où nous nous trouvions. Je pense que c'était là le pire moment, pire encore que la main dans la culotte. En tout cas, c'est le moment pour lequel je me sens la plus coupable.

Après cela, il m'a effectivement laissée tranquille. Je suis rentrée chez moi, presque soulagée, en me disant, sur le coup : "Plus de peur que de mal."
Ce que j'ai fait après, je ne m'en souviens pas vraiment, à part que je suis allée prendre une douche, et que je me suis étendue sur le lit.
Les jours suivants, il m'a rappelée, sur mon portable, tous les soirs, plusieurs fois, pendant une semaine.

A la fin de la semaine, je suis rentrée en France, car mon stage se terminait, et je n'en ai plus jamais entendu parler.
Je n'ai jamais parlé de cette histoire à personne... même en 10 ans de psychothérapie, jusqu'en Octobre dernier, où j'en ai resenti le besoin. Cela a déclenché ma dernière crise délirante, la seule dans laquelle je n'avais plus peur de mon copain (une fois que je lui ai parlé de cette agression), au contraire, il était un soutien.

Pourquoi je parle de tout cela ici?
1) J'ai bien conscience que toutes les victimes de viol ou d'agression sexuelle ne vont pas développer des troubles psychiatriques, mais je me demande si cette agression n'a pas pu être un catalyseur dans le trouble bipolaire, car même si il ne s'est pas déclaré tout de suite après, j'ai l'impression qu'elle a augmenté mon niveau d'anxiété et de stress, et je me demande si je n'ai pas trop demandé à mon cerveau en continuant ma route comme si de rien n'était pendant tout ce temps, en n'en parlant à personne. Je me demande si en tentant d'enfouir toute cette histoire pendant toutes ces années, cela na pas pu favoriser ces "explosions délirantes" à répétition avec certains éléments de délire qui, pour moi, étaient liés, notamment la peur que l'on me fasse du mal, des hommes en particulier, et en particulier++ mon copain qui partage le même prénom que l'agresseur de 2008 et qui partage avec lui le fait d'avoir eu des rapports intimes avec moi.
De plus, j'ai l'impression que maintenant que j'ai soulevé ce couvercle là, même si ça a été difficile et l'est toujours, je suis libérée d'un poids, et qu'en travaillant là dessus je pourrais réduire les risques de nouvelle crise. Bien sûr, il y a les traitements, mais j'ai déliré sous 15 mg d'abilify donc... et j'ai l'impression, depuis cette crise et cette libération de parole, de mener une vie plus saine, sereine, d'avoir passé une étape.
Bref, je me demande donc si d'autres personnes avaient eu des expériences similaires, et si faire de telles associations (agression= un des facteurs favorisant un trouble bipolaire) vous parait plausible, ou complètement déraisonnable.

2) Je poste aussi parce que je suis quand même, en parallèle, un peu perdue par rapport à ma réaction face à cette agression.
Même en écrivant ces quelques lignes, je me suis remise à pleurer. Quand j'entends des témoignages de personnes violées ou agressées, je pleure très facilement, et mon psychiatre me dit que je surréagis, qu'il ne s'est rien passé de grave. Mon art-thérapeute me dit que étant donné que cela fait 10 ans, elle ne comprend pas pourquoi cela m'affecte encore autant. La réaction de ma mère :"pourquoi tu nous en as pas parlé plus tôt?", mon père :"faut passer à autre chose, oublier", ma tante :"pourquoi tu ne t'es pas défendue? Tu es sûre que tu lui as bien fait comprendre que tu n'étais pas intéressée?". J'ai l'impression de n'entendre que des reproches, ou bien des "ce n'est pas grave, tu en fais trop".
Et j'ai l'impression que le fait de souffrir d'une maladie mentale, dans ce cas, aggrave et amplifie ce genre de réactions (qui sont probablement courantes, j'en conviens). On se dit, "elle est comme ça, elle est bipolaire, elle en fait trop". "C'est qu'une petite agression il y a plus de 10 ans, et elle pleure encore sur son sort." C'est pour cela que je tenais à partager cette expérience, pour savoir si ici aussi, on pense que je surréagis, que j'en fais trop, que cette histoire n'est pas si grave au final (c'est pour cela que j'ai détaillé ce qu'il s'était passé, même si cela fait déballage).

Merci déjà de m'avoir lue jusqu'ici et pour vos éventuels retours.


   
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Serleena
(@choupie)
Reputable Member
Inscription: Il y a 3 ans
Posts: 261
 

Bonsoir,

Ce que je vais dire n'engage que moi. Pour moi, personne n'a à juger de la gravité de l'agression, ni le fait que 10 ans après tu y penses encore. Ça t'a traumatisée, peu importe les circonstances. Personne n'a à te dire comment tu aurais ou tu dois réagir, personne n'a à t'imposer sa propre échelle de valeurs et de gravité pour ce que tu as vécu. Dans le cas d'une agression le cerveau réagit comme il peut à l'instant t. Il semble qu'effectivement, des traumatismes peuvent "créer" un terrain favorable aux maladies mentales. Je ne suis pas psy, je te dis simplement ce que j'ai pu voir au travers de toutes mes lectures sur la bipolarité, et par rapport à mon vécu personnel. D'autres ici auront sans doute un avis ou des éléments plus précis, mieux documentés On gère tous de manière différente les choses et événements négatifs ou positifs. Avoir un trouble bipolaire n'aide sans doute pas la plupart du temps mais d'après moi ce n'est pas non plus un facteur à prendre en compte dans toutes les situations. Ne te culpabilise pas en te demandant si tu sur réagis, si tu en fais trop. Je pense que le plus important est que tu arrives à vivre avec ce qu'il t'est arrivé, ce qui est bien assez en soi.

Parfois, quand on lève le couvercle comme tu dis, ça peut être source d'émotions contradictoires le temps de faire le tri dans tout ça. Ce n'est pas parce que tu ressens un soulagement que c'est facile et inversement. Ne te pose pas trop de questions par rapport à ce que pensent les autres. 


   
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Melo
 Melo
(@malette)
Membre Moderator
Inscription: Il y a 4 ans
Posts: 3991
 

Tu peux peut être essayer l’emdr pour désengager le trop plein d’émotions?


   
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audrey
(@slappie)
Active Member
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Posts: 12
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@choupie

 Ne te culpabilise pas en te demandant si tu sur réagis, si tu en fais trop. Je pense que le plus important est que tu arrives à vivre avec ce qu'il t'est arrivé, ce qui est bien assez en soi.

Oui, tu as raison, le truc c'est qu'effectivement, je me focalise trop sur ce que peuvent penser les autres. Peut-être aussi que j'en attends trop des autres.

En fait, dans ma vie de tous les jours, actuellement, je n'y pense pas plus que cela, et cela ne m'affecte pas plus que cela. C'est surtout quand j'entends parler d'histoires similaires. Sinon, cela ne va pas si mal.

Mais, ayant changé de psychiatre récemment, j'ai du évoquer cet évènement avec lui pour expliquer un peu ce qui avait amené ma dernière crise.

Et là, j'ai craqué, et je dois avouer que le fait que ce psychiatre me dise que je sur-réagis, qu'il n'y a rien de grave, sans même prendre le temps d'écouter ce qu'il s'était passé, je dois avouer que cela ne m'a pas aidée, bien au contraire...  Et plus le RDV approche, plus je pense à ce qu'il m'a dit, et plus je repense aussi à cette agression.

Et j'appréhende le prochain RDV avec lui (j'ai peur de m'effondrer une nouvelle fois alors qu'en dehors des RDV, je vais plutôt bien). Alors qu'il me semble que les RDV médicaux devraient plutôt être des moments de soutien et d'écoute (mais je me trompe peut-être) au contraire ils me stressent, parce que je m'attends à être jugée, i.e. à ce qu'on me dise que le problème vient de moi, que je n'ai pas fait assez de travail sur moi-même, que je ne prends pas assez de médocs...

Bon, j'ai pensé à chercher un autre psychiatre, mais c'est très compliqué, la seule que j'ai trouvé qui veuille bien prendre de nouveaux patients, part à la retraite dans un an, et ne prescrit pas de traitements (seulement de la psychothérapie)...

Alors que j'ai une histoire assez compliquée avec la psychiatrie (en particulier à cause de faits pendant ma première hospit que je ne vais pas détailler), cela n'arrange pas vraiment les choses, mais je tiens bon, pour l'instant!

 

@malette oui, c'est peut-être une bonne piste effectivement,...


   
Serleena reacted
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Zorglub
(@zorglub)
Reputable Member
Inscription: Il y a 3 ans
Posts: 310
 

Bonjour Audrey,

J'ai subi une agression sexuelle lorsque j'étais enfant, et je ne l'ai jamais oublié. Si ton psy ne comprend pas ta réaction, ce n'est pas normal. On met toujours les psys sur un piédestal mais ils restent des êtres humains, et il y a des mauvais psys, il faut l'admettre. Tu as subi une agression, c'est important, il est normal que tu y réagisses. Il existe des psys spécialisés en victimologie, peut-être devrais-tu te renseigner pour en trouver un dans ta région. 

J'ai une amie qui a subi la même chose que toi, dans les mêmes circonstances, parce qu'une jeune femme occidentale en pays étranger, ça attire malheureusement les convoitises de prédateurs, et ça a déclenché chez elle une crise maniaque, car elle avait une fragilité de ce côté là. Tu vois, tu n'es pas seule, et personne n'a le droit de juger si ta réaction est normale ou pas. C'est de toi dont il s'agit, et n'hésites pas à nous en parler autant que tu en auras besoin. Bon courage ! 


   
audrey, Serleena and Melo reacted
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Urantia
(@urantia)
Trusted Member
Inscription: Il y a 3 ans
Posts: 97
 

Pour ma part avoir parlé à la police sur la récente agression, avoir déposé plainte +contre des personnes malveillantes, avoir tout déballé chez le  psychiatre et avoir déversé les souffrances que je porte depuis mon enfance ont été libérateurs. Sans la plateforme d'aides aux femmes victimes je ne serai peut être jamais allée aussi loin .


   
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Cloclo
(@cloclo)
New Member
Inscription: Il y a 3 ans
Posts: 1
 

@slappie

Bonjour Audrey, 
Je te remercie pour le message que tu viens de décrire... cela fait des mois que je lis les messages sur ce forum et pour une fois je me retrouve dans ce que tu dis. C'est la première fois que je parle sur ce forum... 
Je crois que j'ai subi une aggression sexuelle l'année dernière (j'étais alcoolisé et je cherchais à fumer du cannabis dans la rue, je me suis retrouvée dans une rue sombre avec plusieurs types louches, bref je passe les détails mais cette soirée est floue...) et juste après j'ai décompensé... j'ai fais deux crises maniaques avec délire de persécution notamment sur le viol et les pervers narcissiques. Je ne me suis toujours pas remise de ces épisodes et je cherche une personne dans le même cas que moi avec qui je pourrai discuter librement sans jugement et pouvoir trouver des conseils pour retrouver la paix intérieure. 
Je te souhaite bien du courage, si tu veux discuter n'hésite pas à m'envoyer un message. Chloe 

   
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