Si vous avez déjà été amoureux, vous le savez sûrement. C'est une chose tellement belle, fragile, et même terrifiante. 

Au début, ce n'est qu'une ivresse vertigineuse, le sentiment d'apprendre à adorer un autre être humain, fort de l'espoir qu'il vous aimera en retour.

Pourtant, l’amour n’est qu’une simple poussée de dopamine, d'adrénaline et de sérotonine, les substances chimiques responsables du confort, de l'euphorie et du bonheur. 

Pour une personne chimiquement stable, c'est déjà assez le chaos. 

Alors imaginez pour une personne bipolaire, devant naviguer dans le brouillard de la dépression ou de la manie. 

Quelle folie ça doit être.

Et la question se pose sérieusement : le bipolaire peut-il aimer ? Peut-il tomber amoureux ? Peut-il faire la différence entre l’amour et la manie ? 

Réponse maintenant avec mon histoire personnelle.

Des débuts magiques

Alors que je travaillais en tant que serveur dans un restaurant, j’ai fait la rencontre d’une fille magnifique, drôle, gentille. Tout de suite, le courant est passé entre nous. 

Nous avons commencé à sortir. Prendre une glace et discuter des heures sur un banc sans voir le temps passer. Se promener ensemble, peu importe le temps. Aller au cinéma, au restaurant. Jusqu’au premier baiser magique. Les débuts de l'amour sont toujours si éphémères, alors vous essayez de vous accrocher à ces sentiments magiques. 

Mais juste en dessous de toute cette beauté, pour moi, il y avait la peur. C'est une chose de se présenter aux rendez-vous comme la meilleure version possible de vous-même. C'en est une autre de laisser quelqu'un d'autre vous voir sous votre forme la plus vulnérable. Même si j’avais abattu mes cartes d’entrée de jeu en dévoilant sans complexe mon trouble bipolaire. 

De toute manière, si vous avez confiance en la personne, vous n’aurez aucun mal à le lui dire. 

Bref. 

Les premiers mois se passèrent à merveille. Voyages, restaurants, sorties diverses et variées, nous nous entendions parfaitement, et nos regards complices se croisant entre deux fous rires confirmaient un fait : nous étions amoureux l’un de l’autre. 

Jusqu’au jour ou…

bipolaire peut-il aimer

Le bipolaire peut aimer, mais…

Pour de multiples raisons est venu un jour où j’ai commencé à oublier mes médicaments. J’ai alors commencé à boire plus d’alcool que d’habitude, que ce soit pendant mes heures de service au restaurant, ou en soirée avec mes amis. 

Ma copine a vu ce changement se produire en quelques jours, une ou deux semaines tout au plus. Puis j’ai commencé à prendre de la cocaïne. De la ritaline. Toujours plus d’alcool. À dormir de moins en moins. 

Complètement submergée, ma compagne ne savait plus quoi faire. Pourtant, j’avais l’impression de l’aimer d’un amour inconditionnel. J’avais tellement envie de lui partager mon amour, de lui montrer à quel point je l’aimais. J’étais prêt à tout. Nous sommes partis sur un coup de tête dans un Palace parisien ou la nuit était plus élevée que le SMIC actuel. Je l’ai couverte de cadeaux en tout genre. 

Mais finalement, était-ce vraiment que de l’amour ? Ou bien était-ce aussi l’épisode maniaque qui propulsait mes sentiments dans la stratosphère ? 

Malgré tout ça, malgré le fait que je n’étais plus du tout dans mon état normal, que je n’allais plus dormir chez elle, car je ne dormais de toute façon presque plus et louais des Airbnb tous les 3 jours, elle a accepté cette situation. 

Par ce qu’elle savait. 

D’où l’importance de bien « éduqué » les personnes qui vous sont chères à votre trouble bipolaire. C’est d’une importance capitale si vous voulez être compris et soutenu. 

Le bipolaire peut-il aimer ? Comprendre la différence entre amour et manie 

« En amour, une personne pense à l’autre et à son bien-être. Dans la manie, je pense à toi, mais je pourrais aussi penser à la façon dont tu es un moyen de parvenir à ma propre gloire. » explique le psychiatre Lakshmi Yatham

« Chez les Alcooliques anonymes, il est conseillé de ne pas entretenir de relation amoureuse tant que vous n'êtes pas stable et en bonne santé », soutient Samuel, qui a été diagnostiqué bipolaire à l'adolescence. « La même chose est vraie avec le trouble bipolaire. »

Quand quelqu'un commence à être obsédé et à tout abandonner pour une autre personne, cela ressemble plus à de la manie qu’à de l’amour.

« Je conseille d’attendre d’être stable, vraiment. J’ai rencontré une fille merveilleuse et franchi le pas. Aujourd’hui, je suis marié, je suis avec ma femme depuis 10 ans et j’ai une belle fille de 4 ans » explique Samuel. 

Cela fait de lui un exemple vivant qu'avec les bonnes mesures, il est possible d’aimer en étant bipolaire. 

7 questions qu’un bipolaire doit se poser pour savoir s’il aime vraiment

1. Vos sentiments pour tout le monde sont-ils plus intenses ?

2. Pensez-vous tout le temps à cette seule personne de manière obsessionnelle, ou pensez-vous juste à elle ?

3. Une nouvelle histoire d’amour est-elle la seule nouveauté dans votre vie, ou avez-vous également commencé de nouveaux projets ?

4. Les intérêts de cette personne sont-ils liés à des intérêts que vous n’avez que lorsque vous êtes maniaque ?

5. Pensez-vous que vous êtes super talentueux et spécial, ou est-ce votre nouvel amant qui est la chose la plus parfaite ? Si vous êtes en épisode de manie, vous aurez tendance à être imbu de vous-même. Tandis que si vous êtes simplement amoureux, vous serez entiché de votre bien-aimée. 

6. Vous avez acheté quelque chose récemment ? Les cadeaux par amour, même s’ils sont chers, ont tendance à être intimes. Un bijou, un livre qu’il ou elle voulait… En revanche, les achats maniaques sont beaucoup plus déraisonné, avec de grosses dépendances que vous ne pouvez pas assumer. 

7. Quoi de neuf avec votre hygiène de vie ? Si votre sommeil se raccourcit, que vous êtes plus excité, et j’en passe, alors faites attention. Vous rentrez peut-être dans une phase haute. Bon, bien évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire.