Unipolaire à bipolaire : Un si long chemin – Témoignage

    Cet article répond aux questions suivantes concernant le trouble bipolaire :
  • Quelle est la définition du trouble unipolaire ?
  • Est-il possible d'être diagnostiqué unipolaire dépressif puis bipolaire ?
    Les réponses aux questions de cet article sur les troubles bipolaires en 30 secondes :
  1. Le trouble unipolaire se caractérise essentiellement par des états dépressifs récurrents; Cependant, il arrive qu'il s'agisse uniquement d'états maniaques .
  2. Une personne souffrant de trouble unipolaire peut voir sa maladie évoluer vers un trouble bipolaire .
  3. Le trouble unipolaire comporte uniquement 1 phase . Si la personne alterne entre 2 phases, alors il s'agit d'un trouble bipolaire .

Voici le témoignage d’une personne bipolaire qui a connu un long chemin vers le diagnostic de son trouble bipolaire . La dépression ( trouble unipolaire ) au début puis une crise de manie longtemps après … Unipolaire, bipolaire, quelles sont les différences notables ? Retrouvez une petite définition de ce trouble dépressif, ensuite le témoignage de Vivianne Cassien puis l’avis donné par LeBipolaire.com .

Définition du trouble unipolaire

Commençons par la définition de ce qu’est vraiment la maladie du trouble unipolaire . C’est un type premier des troubles de l’humeur où l’on va retrouver uniquement un état dépressif récurrent et majeur, souvent lié à de la dysthymie ( voir trouble dysthymique ) . On fait donc face qu’à une seule période du trouble bipolaire : la dépression . Le malade se trouve donc fréquemment dans une période, une humeur dépressive assez importante où les symptômes sont semblables à la phase dépressive de la bipolarité :
– Des troubles du sommeil qui incluent principalement l’insomnie et une fatigue persistante
– Des troubles du comportement alimentaires ( le poids du patient fait le yo-yo )
– Des troubles cognitifs
– Un sentiment de culpabilité avec un manque de confiance en soi
– Un sentiment de vide intérieur
– Une humeur dépressive qui oscille en intensité allant d’une simple mélancolie à une tristesse profonde
– Un comportement inadapté aux activités et loisirs divers, manque d’intérêts flagrant
etc etc …

Les risques suicidaires et d’addictions sont moins présents qu’avec le trouble bipolaire, mais ils sont possibles si le patient est mal suivi . La maladie unipolaire se soigne principalement avec un traitement sous antidépresseur . Une hospitalisation est possible, un trouble bipolaire peut également survenir dans le temps, tout dépend de la cause, de l’intensité, des cycles et du délai entre chaque crise unipolaire . Beaucoup considèrent ce trouble psychiatrique comme uniquement un trouble psychologique, une simple dépression . Suivant les facteurs de déclenchement des symptômes, des crises de manie ou d’hypomanie peuvent apparaître sur le temps pouvant ainsi amener le patient à une hospitalisation et une revalorisation de son trouble unipolaire à bipolaire .

 

Psychanalyse de ma bipolarité … Le témoignage de Vivianne Cassien

Mes symptômes de bipolarité ont commencé à se manifester l’année de mes 18 ans, mais il a fallu une dizaine d’années pour qu’ils soient interprétés comme tels. Comme il arrive souvent, les erreurs de diagnostic se sont éternisées.
Ce retard était dû en partie à la forme unipolaire de la maladie, avec des dépressions répétées. Mais l’incompétence des psychiatres que j’ai consultés peut aussi être mise en cause. Dans la ville où j’habitais – Strasbourg, pour ne pas la nommer – la psychanalyse (ou plus précisément le lacanisme) régnait en maître dans les facultés de psychologie et de médecine à l’époque. Or, cette approche n’est pas indiquée pour les bipolaires.

La maladie longtemps mal comprise a eu des conséquences graves sur ma vie professionnelle, parce qu’elle s’est déclarée juste à l’âge où l’on débute normalement une carrière. J’ai été ainsi éjectée d’un poste de la fonction publique avant d’avoir pu être titularisée. Je sais ce que signifie la marginalisation pour raisons de santé mentale.
Il a fallu que je fasse une crise maniaque à 27 ans pour que soit enfin posé un diagnostic. De ce point de vue-là, cette crise fut bénéfique, même si cette première expérience de l’HP n’a pas été douce. Là encore, j’ai constaté que les médecins ne faisaient pas toujours preuve d’humanité (mais il ne faut pas généraliser).

Heureusement, je n’ai pas compté seulement sur les psys pour aller mieux. Au contraire, j’ai multiplié les approches pour ne pas mettre tous mes œufs dans le même panier : j’ai pratiqué la sophrologie, la mindfulness, la psychogénéalogie, le yoga, le Qi Gong, etc…

Et puis surtout j’ai eu la chance que naisse en moi une vocation d’écrivain. De roman en roman, j’ai pu creuser l’histoire familiale. Grâce à la psychogénéalogie (que j’ai apprise toute seule avec un livre d’Anne Ancelin Schützenberger), j’ai mis au jour des secrets de famille. J’ai compris que cela avait été déterminant dans le déclenchement de ma première crise maniaque. J’ai consacré, entre autres, un livre à mon arrière-grand-mère, un autre à mon père. J’ai même rédigé, par jeu, un petit polar. L’écriture a été pour moi en partie thérapeutique, mais pas seulement, car la dimension littéraire est essentielle pour moi.

Le premier texte que j’ai consacré à la bipolarité est intitulé : Berlin ou la vie bipolaire. Je l’ai écrit pendant un long séjour dans cette ville. Ce texte se situe à mi-chemin entre récit de voyage et autofiction. Il rapproche la bipolarité politique de Berlin (du temps du mur) de la maladie bipolaire, dans l’espoir que l’une éclaire l’autre, et inversement. Le lent processus de réunification qu’a connu la ville me fait penser au chemin vers la réconciliation intérieure d’un bipolaire. Chaque court chapitre met en scène une bribe de l’histoire berlinoise, qui trouve un écho dans mon vécu pathologique. J’ai eu la chance de connaître cette métropole avant la chute du mur, et son destin singulier me fascine. Je ne peux m’empêcher de m’identifier à elle : je vois tellement de parallèles entre la grande Histoire berlinoise et ma minuscule histoire…

Le second livre que j’ai écrit au sujet de mon expérience de la bipolarité s’intitule : Au pays des psys. L’approche en est différente, car elle suit de plus près mon parcours. Le fil conducteur que j’ai choisi, c’est de brosser le portrait de la ribambelle de psys et de thérapeutes en tous genres que j’ai fréquentés. Toute personne qui a passé du temps dans la salle d’attente et dans le cabinet d’un psychiatre devrait pouvoir s’y reconnaître, car je décris ces lieux en détail, avec une certaine dose d’humour. Mon but n’est pas d’attrister ou d’apitoyer mes lecteurs, mais au contraire de les faire sourire. Cela n’empêche pas que j’évoque les chapitres les plus sombres de la maladie, y compris les séjours en HP. Je parle aussi de la difficulté de faire son « coming out », chaque fois que l’on rencontre une nouvelle personne. Je souligne le poids des préjugés, aggravé par une forme de honte intériorisée que connaissent bien d’autres minorités discriminées.

Vous pouvez en savoir plus sur le livre Au pays des psys et vous le procurer via la rubrique livres de bipolaires .

Mon but n’est pas seulement de témoigner de mon expérience, mais aussi de proposer une vision plus large – plus politique, je dirais. Pour ne pas trop couper mon récit par des références à des travaux sociologiques (ceux d’Erving Goffman sur le stigmate, par exemple), j’ai décidé de regrouper ces digressions dans les notes à la fin du livre. Chaque lecteur pourra ainsi choisir l’approche qui lui conviendra le mieux.

Je suis certaine que la façon dont une société traite ses « malades mentaux » permet de mesurer son degré d’humanité. Au risque de vous choquer, je préfère parler de « folie » que de « maladie mentale » à mon sujet. Je trouve que le mot sonne mieux. Je me rapproche de l’esprit des mad pride, inspirés du modèle des gay-pride mieux connues : j’espère qu’un jour on parviendra à faire reculer les a priori infamants. Je souhaite y contribuer ne serait-ce qu’un tout petit peu.

 

Qu’en pense LeBipolaire.com ? Entre solitude, honte et souffrance …

Vivianne Cassien n’est pas un cas isolé dans l’erreur et le diagnostic de son trouble mental . On retrouve une impression d’exclusion de ce monde dans lequel elle doit y trouver la place qu’elle mérite et qu’elle souhaite . Elle est isolée, symptôme unipolaire et dépressif, n’appartient à aucun groupe, se reconnaît à peine dans sa famille ( avec un père méprisant ); d’où ses nombreuses recherches dans le futur … Les psychiatres l’ont certainement aidé même si c’est dur à le croire, les premières séances quand elle était très jeune l’ont aidé . La dépression sévère, elle connaît, mais ça ne l’empêche pas de briller : Mention très bien au bac ! Le début de l’âge adulte est un des plus dur pour elle, la maladie unipolaire gagne du terrain et des crises d’hypomanie arrivent, ainsi que des troubles de la concentration beaucoup plus sévères et persistant en permanence . Elle nous rappelle d’ailleurs une phrase très vraie : On ne choisit pas d’être en dépression, on ne peut donc pas connaître la fin . Cette dépression, qui fait partie de son nouveau trouble bipolaire, elle l’a décrit comme une arme de guerre contre quoi elle ne peut rien faire, comme quoi un dépressif ne peut pas lutter contre cette période …

La dépression est si puissante qu’elle sait vous faire douter de tout le reste, sauf d’elle-même et de ses persuasions. Les joies d’avant elle, les ambitions d’avant elle n’existent plus dès l’instant où elle prend le pouvoir. Elle règne sans partage, et se moque de vos fiertés passées : tout n’est que vanité, comparé à elle. À cet égard, je la crois plus radicale que l’idée de la mort.

Séances de psy après séances de psy, psy après psy ( 6 en une vingtaine d’années ! ), hp après hp, elle s’est forgée d’elle même une véritable phobie sociale … Les séances chez le psy sont une torture, mais on pourrait penser que c’est chaque sortie qui en sont …

C’est ainsi que les praticiens les plus désastreux ont une chance néanmoins de garder une clientèle fidèle. Même les plus médiocres d’entre eux bénéficient d’une botte secrète : c’est que leurs patients asthéniques n’osent guère les quitter, soit parce qu’ils craignent de trouver pire, soit parce qu’ils ne s’autorisent pas à espérer mieux.

Rien ne vaut un séjour en HP pour faire se sentir fou n’importe qui.

Elle arrive tout de même à survivre avec cette solitude, cette souffrance, cette honte, elle apprend beaucoup, analyse sa maladie, ça lui est d’ailleurs devenu bénéfique . La prise de Lithium après la première phase maniaque, savoir s’il faut cacher ou non sa maladie bipolaire à chaque rencontre socioprofessionnelle, comme elle le dit, c’est comme se demander à chaque fois si elle doit « faire un coming-out de sa bipolarité », les ( ses ) relations en deviennent très compliquées … Amour ou professionnel, doit-elle mentir et à qui, pourquoi ? Elle trouve des réponses au bout d’un moment, toujours grâce à l’analyse ( et au temps et erreurs … ) . Encore une très belle déduction qu’elle nous offre en disant qu’il est très difficile pour une société d’embaucher un malade mental, c’est en réalité un secret de polichinelle; les handicapés physiques ont d’ailleurs beaucoup plus de chances … Les troubles mentaux sont oubliés des politiciens … Dans son livre, elle nous détaille vraiment l’univers psychiatrique dans lequel la maladie vous envoie : Ennuyant, conformiste et les transitions hp à la vie réelle sont dangereuses selon elle …

Si vous souffrez de troubles unipolaires ou bipolaires, n’hésitez pas à venir partager vos impressions sur ce témoignage et les symptômes de ces troubles mentaux via notre forum bipolaire ( et unipolaire ! ) ou en laissant un commentaire ci-dessous …

 

Unipolarité et bipolarité

Unipolaire ou Bipolaire ?

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Publié dans BIPOLAIRE : Des troubles mentaux de la personnalité maniaco / dépressif Tagués avec :
4 commentaires sur “Unipolaire à bipolaire : Un si long chemin – Témoignage
  1. Luna T. dit :

    Moi aussi j’ai pensé à retravailler (je suis en invalidité depuis plus de 4 ans). Mais comme le dit Viviane, c’est très difficile. J’aurais eu un poste sans peine si j’avais été en fauteuil. Nous faisons peur. L’hypocrisie est immense sur le sujet. J’ai perdu totalement confiance en moi. Et je me laisse aller…

    • Léon dit :

      Je suis exactement dans le même cas de figure Luna, sauf que je suis en invalidité depuis 13 ans.. Je me sens chronique, finie et me laisse totalement aller.. :/

  2. Anonyme dit :

    J’ai du mal encore à l’admettre et à prononcer ce terme, en ce moment je suis en phase cerveau qui va exploxer, mes pensées se bousculent, je cours dans les sens, je suis complètement éparpillée, bref je ne sais plus où j’en suis. Et aujourd’hui patatraque tous s’ ecroulent … dure dure.
    Je suis en invalidité depuis 5 ans, suivie par une psychiatre et suis sous Lamictal et Xanax.
    Je suis un peu désoeuvrée …
    Ouf, ça fait du bien d’en parler.
    Bonne journée
    Béatrice

  3. Justine dit :

    Bonsoir! J’ai été diagnostiquée unipolaire il y a de ça… 3ans! Avant on m’avait dit que j’étais bipolaire mais j’ai jamais eu de phase maniaque. Le diagnostic a été très long (bon, pas autant que la majorité si j’en crois les témoignages sur Internet) j’avais 19 ans quand tout à commencé…j’en ai aujourd’hui 26. Et vous savez quoi? On a ENFIN trouvé un traitement qui marche!!! Oui! Après toutes ces années!c’est magnifique j’y croyais plus! Je prends 200mg de lamictal et 6*18mg de sifrol par jour et je vais beaucoup mieux! Comme quoi, des qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir! Et dieu sait combien de fois j’ai voulu en finir! Pour tous les gens dans mon cas, ne perdez pas espoir! Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire mais tenez bon! Bon courage et grosses bises à vous tous

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