Vous, ou l’un de vos proches, souffrez de troubles bipolaires ? Cette maladie complexe de l’humeur, oscillant entre des phases d’élevation de l’humeur (manie) et des périodes de dépression, présente d’importantes difficultés à affronter et touche aujourd’hui 1 à 2 % de la population en Europe. Heureusement, il existe de nombreux traitements (médicaments, thérapies, stratégies de développement personnel) qui ont fait leur preuve dans la stabilisation de l’humeur.

Bien des patients « physiques » mènent des combats que tout le monde s’accorde à trouver héroïques ou du moins méritoires, quand les malades mentaux se débattent sans gloire. Personne ne salue jamais la bravoure de ceux qui, comme moi, traversèrent moult dépressions : au contraire on me soupçonne d’être un loser multirécidiviste. Mes progrès éventuels n’impressionnent guère : on se dit simplement que je me suis ressaisie, que je me suis enfin prise en main pour me rallier au sens commun. Ce que cela suppose de persévérance et de ténacité, nul ne le voit, nul ne le sait, et je ne peux guère m’en glorifier. Et, si je vais mieux au point de paraître « normale », on trouve cela tout-à-fait normal justement, sans mesurer l’effort immense consenti pour en arriver là.

À maladie invisible, mérite invisible. Personne ne va me féliciter ni s’extasier de mes progrès. Pourtant, l’énergie que j’ai dépensée ressemble assez à celle qu’un paralysé déploie pour réapprendre à marcher – mais, là, on est dans le visible, dans le spectaculaire, donc le bon peuple s’émerveille.

Et même ceux qui meurent terrassés par leur tumeur sont décorés d’une médaille – tandis que les dépressifs qui succombent à leur maladie ne récoltent aucun laurier pour cela, au contraire. La bipolarité est la maladie mentale où le risque de mortalité est le plus grave, mais un suicidé n’a pas l’aura d’un cancéreux mort au combat. Tout simplement, parce que celui qui se supprime est jugé lâche, et le second martyr. Il y a des morts plus valeureuses que d’autres.

Au cours de ces dernières années, mon travail de recherche a consisté principalement à évaluer en laboratoire les patients souffrant de schizophrénie ou de trouble bipolaire avec des tests neurocognitifs spécifiquement développés pour caractériser les dimensions impulsivité, stratégies de prise de décision et biais émotionnels, dans le but d’appréhender les troubles du comportement entraînant des conséquences dommageables pour ces patients et d’identifier les variables cliniques associées. Nous avons évalué dans le trouble bipolaire et la schizophrénie les stratégies de prise de décision avec l’IGT, en appréhendant l’impact du lithium et des antipsychotiques (Adida et al. 2008, 2011, 2015, en cours), 5 sous-dimensions de l’impulsivité, les biais émotionnels en élaborant un test de Stroop émotionnel (Besnier et al. 2008, 2009 et 2011). Nous avons élaboré le test VFT qui permet de calculer les coefficients d’aversion pour le risque dans le domaine des gains, de recherche de risque dans le domaine des pertes et d’aversion pour les pertes qui déterminent la courbe fonction de sommes d’argent qui représente sur un diagramme les choix des individus selon la théorie prospective.

Le regard des chercheurs sur la maladie bipolaire a changé. Pendant la première partie du vingtième siècle celle-ci était considérée comme la conséquence d’anomalies organiques. Le rôle de facteurs psychologiques et d’événements environnementaux responsables de divers stress est maintenant mieux compris. L’ensemble de ces facteurs réagissant entre eux, cette maladie est maintenant vue comme une réalité bio-psychosociale. Soumises à la difficulté de réconcilier les extrêmes, les personnes bipolaires ont du mal à se vivre dans la nuance. Le traitement propose d’associer les médicaments, la psychothérapie et la psycho-éducation : les trois démarches se complètent. La psycho-éducation offre aux personnes concernées une meilleure connaissance du trouble pour se prendre en main, anticiper les crises futures et mettre des stratégies personnalisées en place pour gérer les situations difficiles. Les membres de la famille et l’entourage proche méritent une attention particulière car ils supportent et subissent en première ligne les excès des comportements bipolaires, ce qui provoque souvent chez eux incompréhension, culpabilité, rejet : il est primordial qu’ils puissent se former sur les troubles bipolaires et les stratégies de gestion des difficultés rencontrées.

Nous sommes souvent plus habiles à dire leurs quatre vérités aux autres qu’à leur exprimer simplement la vérité de ce qui se passe en nous. Nous n’avons d’ailleurs pas appris à tenter de comprendre ce qui se passe en eux. Nous avons davantage appris à être complaisants, à porter un masque, à jouer un rôle. […]

Triste, d une humeur sombre, avec des difficultés à accomplir les tâches du quotidien… Vous suspectez chez vous une dépression. Et pourtant il vous arrive d être tellement gai(e), de contact facile et d une énergie débordante
! Et à d autres moments votre état se stabilise, vous redevenez « normal(e) ». […]

POURQUOI CENT QUESTIONS SUR LE TROUBLE BIPOLAIRE ? L’objet de cet ouvrage est d’aborder, à partir de questions simples, les différents aspects cliniques et thérapeutiques des troubles bipolaires, mais aussi l’image qu’ils génèrent dans l’opinion publique. Pour ce faire, des patients souffrant de ces troubles, des membres de leur entourage (famille et personnel soignant) et des médecins ont proposé des thématiques pour lesquelles des explications leur paraissaient nécessaires. […]

Psychiatre, cofondateur de France-Dépression, Christian Gay est également l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Vivre avec des hauts et des bas, avec Jean-Alain Génermont (Hachette Littératures, 2002). Il est le spécialiste reconnu en France de la bipolarité.

« Aimer un bipolaire – j’en suis une – n’est pas à la portée de n’importe qui ! C’est qu’il faut apprécier les climats extrêmes, la spéléologie et le parachute ascensionnel. […]

Les troubles bipolaires touchent 4,4 % de la population, soit près de trois millions de personnes en France. En dépit de sa fréquence, cette pathologie n’est diagnostiquée que tardivement, en moyenne 8 à 10 ans après l’apparition de ses premiers signes. Or, ce retard de diagnostic est lourd de conséquences pour les patients et leur entourage et contribue à l’aggravation du pronostic de la maladie. […]

« Mon message, ici […], a un but fondamental : exposer une réalité médicale pour ne pas dénigrer la gravité de cette pathologie, mais surtout pour introduire le fait qu’en ayant les bons réflexes au bon moment, le bipolaire peut enrayer, à temps, une crise que, très rapidement, il ne pourrait plus maîtriser tout seul. […]

« Personne ne peut soupçonner que je suis bipolaire. Un matin, j’ai surgi de mon lit, comme un ressort, mue par un désir irrésistible de raconter mon histoire, pour dire au monde cette détresse et cette joie mêlées que procure la bipolarité. Voici donc un témoignage, le mien, qui se situe au plus intime de l’être, au plus près des pensées quand elles s’encombrent et deviennent folles. […]